mercredi, 31 octobre 2007
Le Droit Comparé, par Pierre Legrand
Je suis indignée.
Profondément, désespérément, extrêmement indignée. To my very core.
Je suis une personne que l'on pourrait qualifier de liseuse. Je suis quelqu'un qui aime beaucoup lire, qui adore feuilleter des livres, passer sa journée à lire des romans (derniers gros coups de coeur: le dernier Harry Potter - commandé sur Amazon et réceptionné le jour même de sa sortie en anglais - et Jonathan Stange & Mr Norrell, de Susanna Clarke, en anglais dans le texte également). Je dévore, ingurgite, me délecte de livres à longueur d'année. Alors, pensez-vous, une fiche de lecture sur un Que-Sais-Je, je considérais cela comme une formalité des plus négligeables!
Les signes avant coureurs furent cependant nombreux. Elèves mécontents se plaignant au prof de cours magistral de droit comparé que le livre était trop dur, hermétique, illisible tant l'auteur utilisait des mots inconnus au bataillon de l'étudiant lambda de Sciences Po (qui, j'ose dire, possède un bagage pas des moindres). Lecture hilarante faite par Juliette (une camarade) d'un passage traitant de l'aspect phallique/caressant de la comparaison (si si, je vous jure). Aveu, par le prof, de la nationalité quebequoise (quebecoise?) de l'auteur, Pierre Legrand.
Je n'avais pas compris ce qui m'attendait ces vacances. J'avais évidemment déjà commencé à feuilleter ledit bouquin, m'extasiant avec mon père (en conférence téléphonique; mon père est prof de lettres, quand même) de l'absurdité de la complexité du vocabulaire utilisé par ce vénérable prof à la Sorbonne. Mais je n'avais pas encore attaqué le vif du sujet.
Au final, une lecture des plus désagréables, assistée du Petit Robert, qui dans certains cas devenait carrément inutile tant les mots tout simplement n'existaient pas (et qu'on ne me parle pas de l'être des mots et autres ontologies à la con, hein, sinon je vais péter un cable). Une sensation désagréable, qui ne m'était pas arrivée depuis le déchiffrage des textes de philo du bac, que je ne comprends pas ce que je lis, et que le sens des phrases m'échappe complètement. Que je ne fais que lire des mots sans connexion entre eux.
Paniquant, pour moi qui aime lire et possède tout de même une maîtrise de ma langue dont je n'ai pas à rougir.
Ce billet est donc l'occasion de crier au monde des auteurs universitaires et spécialement à M. Legrand (ou plutôt, M. Legrandiloquent):
C'est quoi votre but, dégoûter vos étudiants potentiels? Avec vos gros mots, vous y arriverez sans aucun doute! Je n'ose imaginer ce que représente une heure de cours magistral à vous écouter disserter avec vous-même sur l'intérêt d'entendre l'altérité. Il suffit pour cela d'utiliser des mots simples, compréhensibles à tous, pour que chacun puisse bénéficier de votre enseignement. Si vous voulez prouver que vous savez des choses que l'on ignore, ou que vous êtes meilleurs que nous, nul besoin. On le sait déjà. Vous êtes un prof à la Sorbonne, nomdediou, ça suffit à faire se prosterner devant vous tout étudiant en Droit (Comparé) Français. Vous avez écrit des tonnes d'articles, lu des tonnes de livres. Votre bibliothèque perso doit dépasser en nombre de pages la bibli de ma fac. Alors, n'ayez pas peur, ne pensez pas que si vous n'utilisez pas deux mots incompréhensibles par page, on vous prendra pour un loser. Au contraire. Vous monterez dans notre estime d'étudiants avides de savoir.
A bon "entendeur" (Versteher ou Understander, comme vous voudrez), salutations très respectueuses. Et néanmoins indignées.
12:22 Publié dans Have Fun! | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note










Commentaires
Ca c'est bien envoyé! Dans les dents! ^^
Moi je suis encore en plein dedans... page 23 pour être plus précis. J'ai l'impression que ce gentil Pierre s'est bien marré en écrivant son bouquin. Il doit pouffer en ce moment-même, en train d'imaginer la tête des étudiants en train de s'arracher les cheveux sur des phrases aussi asbcons (absconses?) que sybillines (moi aussi jsais employer des mots marrants ^^).
Et Monsieur Rambo ("c'était pas ma guerre!"): je ne vous félicite pas.
Ecrit par : Tortiou | mercredi, 31 octobre 2007
Voilà au moins un écrit qui va droit au but et qui ne se perd pas dans des élucubrations des plus sombres. Bravo donc ! Je suis en pleine rédaction actuellement et me cantonne donc à énoncer les quelques concepts que j'ai pu saisir avec mon petit mais petit cerveau en contrebas, très très loin de cette œuvre magistrale, gravée dans le granit le plus pur de Msr Legrand. Merci donc pour ce message de rage !
2 solutions s'offrent à nous (et j'y ai pensé):
- Nous écrivons tous à Legrand pour qu'il dise à Rambaud d'arrêter les dégats.
-Nous faisons un blocus et refusons de rendre notre copie (mais tous alors)
A vos choix !
et comme dirait Pierre: " C'est l'ontologie de la préscription onomatophtisyque qui fait l'ontologie de l'absolu logos amnétésique de l'invagination subliminale !"
Ecrit par : Gabriel | samedi, 03 novembre 2007
Parcourant les pages web à la recherche d'autres œuvres de M. Pierre Legrand, j'ai malheureusement pu lire les lignes qui précèdent (et les commentaires affiliés).
Il me semble que les réactions de dégoût et d'énervement de l'auteur de ce blog relèvent plus d'une présomption d'intelligence contrariée par une réflexion philosophique et juridique qui la dépasse que d'une réelle impossibilité de compréhension de l'œuvre de cet éminent professeur. N'étant pas de formation littéraire (désolé mais je suis de formation scientifique) et n'ayant pas une maîtrise de la langue de Molière aussi poussée que celle de nos si brillants élèves de Science-Po (désolé encore je ne lis pas Harry Potter), la lecture des écrits du Pr. Legrand ne m'a jamais suscité une telle incompréhension. Il me parait clair que la demande de simplification du vocabulaire employé n'est ni plus ni moins qu'une volonté de vulgarisation "simpliste" pour rendre compréhensible aux plus "étroits d'esprit" (la question de la petitesse du cerveau n'ayant aucune réalité biologique, il s'agit bien plus d'étroitesse d'esprit) des concepts qui, au vue des réactions, ne leur étaient pas destinés.
Qu'internet soit un lieu de libre expression, je ne peux qu'en convenir. Mais qu'il soit utilisé pour dénigrer le travail de personnes compétentes et qualifiées (à noter que le Pr. Legrand n'enseigne pas uniquement à l'université de La Sorbonne mais aussi à San Diego et Melbourn tout en étant aussi l'invité d'honneur aux conférences de droit comparé organisées par Harvard), je ne peux que m'y opposer, surtout lorsque les propos sont d'une telle médiocrité !!!
J'arrêterai ici le rectificatif que je tenais à faire pour promouvoir, non pas une simplification fleuretant avec la démagogie, mais bien plus l'utilisation d'un vocabulaire qui évolue et s'enrichit de néologismes conceptuels des plus intéressants (et oui le français peut aussi évoluer autrement que par la francisation de termes anglais !!!).
Avec mon plus grand mépris pour ce genre de critique...
PS. : les cours magistraux du Pr. Legrand s'opèrent selon la forme américaine, càd par une participation accrue des étudiants, et pour une durée de 3h, qui ont toujours été ressenties comme trop courtes.
Ecrit par : Degery | mardi, 12 mai 2009
M. Degery,
Je ne suis pas dégoûtée par M. Legrand. Je ne dénigre pas son intelligence, au contraire! J'attaquais le cas précis de ce Que-Sais-Je qui m'avait semblé imbuvable et, je l'ajoute ici, très partiel. Il ouvre cependant beaucoup de portes vis-à-vis de la discipline. Malheureusement, pour introduire une discipline, vis-à-vis d'étudiants "étroits d'esprit" (mais qui ne demandent qu'à élargir leur perspectives!), il ne s'agissait pas de la meilleure approche.
J'admire les professeurs d'université qui savent faire participer leurs élèves, et je m'incline donc devant votre post-scriptum. Ces professeurs sont trop rares!
Je n'apprécie pas en revanche vos insinuations sur mon étroitesse d'esprit ou celle des camarades ayant écrit ces commentaires... Enfin, si je dis ça, je suppose que ça ne fera que renforcer votre sentiment. Je suis d'un naturel plutôt ouvert, mais c'est une appréciation très subjective. Critiquer un peu méchamment un livre que j'estime mal fait et impropre à propager un savoir n'est pas preuve de mon étroitesse d'esprit. J'ai adoré le livre d'Elizabeth Zoller sur le droit comparé, par exemple, et il était tout aussi ardu. L'auteur n'avait cependant pas à employer des mots ridiculement difficiles pour faire comprendre ce qu'elle avait à dire. C'est aussi simple que ça.
J'avoue angliciser parfois mes propos. J'avoue également lire des romans grand public, et rire devant les séries américaines. J'avoue être une personne "normale". J'assume cette "vulgarité", au sens propre. Mais je pense avoir une largesse d'esprit qui me permet de faire en sorte de voir votre commentaire avec bienveillance; il m'apprend à être modérée dans mon propos. J'ai en effet été virulente, sans recul critique.
Quel dommage que vous n'ayez laissé d'adresse email. J'espère que vous lirez cette réponse et que vous rectifierez cette opinion très partielle que vous avez désormais des étudiants en sciences po.
Très cordialement,
L'auteur.
Ecrit par : Raphaëlle | mardi, 12 mai 2009
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